Quand la Punaise reliait Matane et Mont-Joli
Les Jardins de Métis nous replongent jusqu’au 18 mars à l’époque où le transport ferroviaire occupait une place centrale dans les déplacements avec l’exposition En voiture! Les Jardins de Métis à l’heure du train.
Cette exposition relate les belles années du transport ferroviaire dans les MRC de La Mitis et de La Matanie.
Durant ces années, c’est en train que les villégiateurs de Metis Beach quittaient Montréal pour se prélasser sur les plages de la station balnéaire aujourd’hui rebaptisée Métis-sur-Mer.
C’est aussi pendant ces années que la Punaise a été un moyen de transport privilégié par les habitants de la région.
C’était assez en vogue à partir des années 20
, raconte le journaliste et passionné d’histoire Gilles Gagné. Cet homme s’intéresse à l’histoire de la Punaise et la documente depuis des années.
Le sobriquet peu commun de ce petit train, qui a assuré la liaison Matane–Mont-Joli de 1926 jusqu’aux années 60, constitue un clin d'œil à son apparence.
En effet, la Punaise, ou doodlebug en anglais, était un autorail de 55 passagers.
Ce wagon autopropulsé avait la particularité de fonctionner non pas à la vapeur mais plutôt à l'essence, ce qui lui permettait d’atteindre rapidement une vitesse oscillant entre 80 et 100 kilomètres à l’heure entre les arrêts.
La Punaise parcourait en 90 minutes la soixantaine de kilomètres qui séparent les villes de Matane et de Mont-Joli, y compris de nombreux arrêts dans les villages. Le petit train transportait des passagers, des colis ainsi que le courrier.

La Punaise effectuait le trajet entre Mont-Joli et Matane en 90 minutes, avec des arrêts dans les villages sur le tronçon ferroviaire.
Photo : Crédit : Gilles Gagné
Le service a gagné en popularité dans les années 40, ce qui a incité le Canada & Gulf Terminal Railway à doubler le train en lui annexant un autre autorail sans moteur.
L’automobile était très très rare, c’était la façon de voyager pour à peu près tout le monde
, nous rappelle Gilles Gagné. De plus, avant 1949, le ministère des Transports n’avait pas l’obligation de déneiger les routes l’hiver.

La Punaise était un service populaire, surtout l'hiver. Le transport par train était souvent la meilleure façon de se déplacer.
Photo : Crédit : Gilles Gagné
La mode et l’étiquette à bord du train
Prendre le train était en soi un événement, et ce, peu importe la distance à parcourir. Il suffit de porter un regard sur les photos de l’exposition pour remarquer que les passagers ne lésinaient pas sur leur apparence vestimentaire avant d'embarquer à bord.
Même si on prenait la Punaise, on était d’actualité, on était à la mode!
s’exclame Philippe Denis, chercheur en patrimoine de la mode, technicien à l'animation et muséologue pour les Jardins de Métis.

Les passagers du train respectaient les codes de l'étiquette.
Photo : Crédit : Gilles Gagné
Pas de petits ou de grands trajets. Il y a un grand trajet. La durée importe peu. Il faut tout simplement le faire. De peur, justement, d'être déclassé, de peur d'être jugé. Et ces codes traversent finalement la société, que l'on appartienne à la grande bourgeoisie ou à la classe populaire.
Les passagers se faisaient aussi un devoir de respecter l’art de l’étiquette à bord du train.
Même sur un petit trajet comme celui de la Punaise, les femmes montaient à bord gantées et chapeautées.
Croiser les jambes était prescrit et elles devaient avoir une posture parfaite lorsqu’elles étaient assises, comme si elles avaient une souris dans le dos et un chat sur les genoux
, raconte M. Denis.

Technicien à l'éducation et muséologue aux Jardins de Métis, Philippe Denis rappelle que les passagers respectaient les codes de l'étiquette à bord des trains.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Rêver au retour de la Punaise
L’exposition des Jardins de Métis ravive des souvenirs et fait rêver d’un retour sur les rails de la Punaise.
Il faut lancer l’idée, il faut que les gens le demandent
, lance Gilles Gagné.

L'exposition En voiture! Les Jardins de Métis à l’heure du train ravive des souvenirs chez des résidents de La Mitis et de La Matanie. De nombreux artéfacts sont encore présents sur le territoire, comme cette enseigne de la gare à Saint-Octave-de-Métis, retrouvée il y a quelques années dans un champ.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Cet amoureux des trains croit que c’est une question de temps avant que le transport ferroviaire de passagers redevienne un besoin pour le transport collectif entre les villes en région.
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